Pandémie du coronavirus : de la reconfiguration du paysage spatial et social au ré enchantement des rapprochements ‘’humains’’. Eustache n° 1

Ici dans ma ville de Saint-Germain-en-Laye, une banlieue de l’Ouest parisien, les mesures de confinement qui courent depuis une semaine maintenant, ont redéfini le paysage social, spatial et humain. Mon appartement est situé dans un angle de rue. J’avais réussi à choper quelques jours plus tôt un gros rhume après mon footing du week end précédent sur la terrasse, que prolonge la forêt domaniale de Saint-Germain-En-Laye, cet écrin naturel, un antidote qui assure la quiétude des habitants de ma ville. Un lieu où l’on peut marcher, en s’offrant le parcours d’ un aller-retour d’une heure, de la Rotonde au Château,  en couple, entre amis, en famille. Discuter de projets, aplanir des malentendus, se refaire la forme, respirer  un bol d’air frais, réfléchir à ses problèmes… toutes les choses pouvant contribuer à faire descendre un tant soit peu, l’ampleur de la psychose du Covid 19, et de rester optimiste, au lieu d’affaiblir davantage son système immunitaire avec les infoxdémies, les fakenews, et se rendant pour ainsi dire, candidat libre au virus.  J’ai donc mis du temps à soigner mon rhume parce qu’ à court de citronnelle. Avec les nouvelles mesures qui venaient de tomber, il était très difficile de s’en procurer. Le drame du Covid 19 était amplifié par celui de la fermeture des grilles de la terrasse et de la forêt, ce qui signifiait une interdiction d’accès à la thérapie naturelle quelle qu’en soit la saison. Dix jours plus tard, rebelotte, en redoutant dans l’ambiance de la  »trouille généralisée, je relisais avec intérêt la description des symptômes de la maladie tels qu’ils sont disponibles sur les médias numériques que j’ai téléchargés rapidement sur mon téléphone, j’écoutais la radio une nouvelle fois à temps et à contre temps pour deux raisons. Il est interdit d’appeler le 15 mais de prendre du paracétamol si l’on a un léger mal de gorge… la deuxième, je n’avais pas beaucoup envie de joindre mon médecin traitant que j’ai croisé la jambe plâtrée puis en fauteuil quelques jours auparavant… Je me résous cependant à me laver encore plus les mains, et je me rassure aussi en appliquant régulièrement un reste ancien de flacon de gel hydro alcoolique – désormais considéré comme indispensable en tant que premier antidote et geste barrière efficace. J’ajoute à ma pharmacie une réserve de paracétamol en version Dafalgan. Ainsi, c’est au bout de trois jours de traitement, suivis par deux jours de footing, que j’ai été remis d’aplomb.  Avant le 16 mars, les précautions pour se protéger et protéger les autres: les salutations entre proches étaient déjà respectées et se faisaient avec les pieds ou le coude dans une ambiance bien grimaçante. Les messages (entre le 12 et le 14 mars 2020) d’alerte et de mises en garde en vue de la restriction de notre mobilité, voire de l’interdiction de se rendre à l’Université de Paris (qui d’ailleurs a fermé), ont préparé mon état psychologique à accueillir les mesures et leur évolution rapide.

Que dire ?

Quoi observer ? 

 La santé n’a pas de prix ! Les liens sociaux, que peut-on en faire ?

Un point de vue de parcours ethnographique. J’en ai ainsi l’occasion de redécouvrir d’une part mon quartier que je croyais bien connaître. Le silence qui était instamment ou de façon intermittente rompu par, la sortie des élèves du lycée (qui se trouve à 120 mètres environ de mon appartement), est désormais, de cathédrale. De même pour le bruit des automobilistes de la poste ou de la livraison standard – Amazon, PDP, Colissimo, DHL,…-   Il se substitue ainsi avec un décibel ou un écho largement moindre, mais drastiquement, aux défoulements de toutes sortes (jogging, marche, quelques fois, des trottinettes entre autres). D’autre part, un regain inédit d’intérêt pour les relations sociales de voisinage, du fait de l’appartenance au même quartier voire à l’échelle de la ville.  En temps normal, c’est-à-dire, avant les mesures de confinement qu’impose le contexte du coronavirus,  je n’aurais jamais croisé des voisins dont le rythme de vie était régi par cet adage parisien : ‘’métro-boulot-dodo’’ étant donné que la consigne reprécisée hier par le Premier ministre français, Edouard Philippe, celle de ne pas aller au-delà d’un rayon de 1km de chez soi en respect de l’exigence n°5: (déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l’activité physique individuelle, des personnes, à l’exclusion de toute pratique sportive  collective, et aux besoins des animaux de compagnie) de l’Attestation d’autorisation de déplacement dérogatoire en application de l’article 1er du décret du 16 mars 2020. Hier, pendant mon footing quotidien autorisé, autour du pâté de maisons, des éléments de la police locale faisaient les contrôles dans une ville où les consignes notamment  »restez-chez vous » sont dans l’ensemble, respectées par les habitants. Plus les échanges duraient dans le temps, plus je comprenais que le citoyen de quartier n’était certainement pas tout à fait en phase avec les mesures de confinement. J’ai ainsi observé quatre personnes contrôlées : un monsieur tout seul dans son accoutrement et son allure d’athlète de haut niveau justifiant qu’il n’avait nulle part où poser le document d’autorisation de sortie et celui d’identité : il reçoit avec l’indulgence des policiers, le quitus de rentrer dans le cité pavillon Médicis dont il est l’un des locataires quoique pas content de ce temps d’échange avec les agents de sécurité. Une voisine d’en face que j’ai pu reconnaître à sa taille à qui on refusait d’aller au-delà de 500 mètres alors que le premier magasin Auchan est à 840 m… Je me posais la question de quand sera mon tour d’être contrôlé vu que toutes les trois minutes, je passais à quatre ou six mètres d’eux. Une vielle dame, probablement, une octogénaire, puisqu’il y en a beaucoup dans cette ville qu’elle partage avec un taux très élevé de jeunes lycéens et étudiants, a été contrainte de rebrousser chemin sans autre forme de procès. La quatrième personne était un monsieur avec ses trois fils sur des trottinettes : laisser passer sans encombre. Après mes trois quarts d’heure de jogging, j’ai davantage intégré l’injonction  » il ne faut pas plaisanter » répété quelques jours plus tôt par un membre du gouvernement. Dans ma seconde rue, celle dont l’hôtel des ventes fait la renommée, une dame que désormais, j’appelle voisine, parce que nous partageons le même quartier, assise devant l’entrée de son appartement et son fils revenant d’une courte marche, recherche avec insistance mon regard dont je ne la prive finalement point, accompagné d’un  »bonsoir Monsieur ». C’était la bonne heure et le moment favorisé par le contexte planétaire du Covid 19 pour cette découverte, alors qu’avant le 16 mars 2020, date de début du confinement, nous étions irrémédiablement, l’un pour l’autre, un spectre. Chez mon ancien boulanger, il faut le rappeler,  »une personne à la fois, à l’intérieur’‘, j’ai pris plaisir à échanger quelques mots avec lui, pendant que trois clients attendaient ma sortie sans faire la moue, ni grincer les dents, avec une patience, ma foi, peu courante. En effet, ils m’accueillirent avec le sourire et me souhaitèrent  »bonne soirée à vous, Monsieur ». Serait-ce ici, l’une des conséquences positives de ce confinement ? C’est-à-dire, une amélioration prometteuse de la forme nos rapports relationnels ?  » Le reste des épisodes observés durant les semaines du confinement, nous le diront, malgré la règle de la distanciation obligatoire en vigueur.

De la distanciation au service de la nécessaire protection des uns et des autres

Les autobus publics circulent désormais selon un service minimum. Ainsi, certains ont fait agir leur droit de retrait, d’autres ont opté pour l’abnégation, et d’autres encore, en vue d’obtenir leur recrutement certain, après la vague coronavirus, n’acceptent plus les entrées par les portes de devant, afin de réduire les chances de contamination. Frappé par les étiquettes des panneaux de sens interdit, je m’y arrête, sans demander l’autorisation du conducteur bien enfermé à l’intérieur, et je prends des photos. Je distrais le chauffeur en intimité avec son smartphone, arc-bouté sur le volant, qui me jette un regard sans mot dire. Au troisième, dans la pile de bus en stationnement, pour immortaliser avec mon téléphone le moment et le fait, car j’étais plus près cette fois-ci, et avec la certitude d’une prise de vue plus nette et précise à la faveur de la lumière du soleil dans mon dos, je photographie un marquage ferme où il est écrit :  »en raison du décret du 16 mars 2020, veuillez entrer par les portes arrière ». La prise de conscience générale du respect de la distance de sécurité, – disons de survie ou de non contamination -. indique qu’il ne s’agit plus seulement des postillons (qui soulèvent malgré tout la problématique des liens au sein des familles et des couples) qui seraient propagateurs du virus. Mais, dans la psychose générale, on voit s’entretenir chez certains le non-respect de la distance fatidique :  » d’un mètre ». Comment fait-on alors, avec ceux qui rompent le contrat de distance, notamment les responsables en charge de rayons dans les magasins déjà armés de masques, en dépit des questions d’acuité et des polémiques politiques et médiatiques qui sont toujours ambiantes et grâce auxquelles chacun (soignants, vendeurs et tous ceux qui y sont candidats…) se sent légitime de craindre pour sa vie ?

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