Journal de bord: Mon quotidien à l’hôpital – n° 1 Le calme avant la tempête- Marie, France

Dans ce journal de bord, je vais relater les éléments qui me semblent importants de mon quotidien à l’hôpital mais aussi lorsque je rentre chez moi. Mes réflexions, certains échanges, les situations rencontrées. Je décrirai plus spécifiquement certains éléments, d’autres seront passés sous silence, peut-être même oubliés. Je ferai un récit de certaines gardes à l’hôpital, d’autres ne seront pas mentionnées ici faute de temps pour la rédaction, d’intérêt du fait de la répétition et peut-être parfois faute de distance.

Le virus comme une ombre

Le 14/03/2020 : Garde de nuit à l’hôpital

Se réorganiser avant la « vague »

                La première Unité COVID de l’hôpital a ouvert hier. Cette nuit, je suis en MPR (Médecine physique et réadaptation). Il s’agit de ma dernière nuit un peu ‘tranquille’ avant longtemps. C’est un service assez calme et j’en profite souvent pour travailler mon mémoire de master. Nous sommes samedi, certains patients sont en permission. Le Service a commencé à se vider. Il est question d’accueillir les patients lourds de neurologie pour libérer des lits et faire du COVID. Mais ce sont des rumeurs. Rien n’est très clair. La diabétologie a fermé au 4e étage. Elle a fusionné avec la cardiologie qui est au troisième. Le service libéré, le 4A est la première unité COVID. Il semblerait que tout l’hôpital se réorganise à la va vite. Les patients COVID sont déjà partout. « Il y en a même une ici ! » me dit Janette, une infirmière de jour. En effet, c’est un service de convalescence, c’est assez rare qu’il y ait des cas comme ceux-là. « La dame est partie au scanner là pour voir mais bon… on ne sait pas trop comment faire, on n’a rien pour se protéger alors… » ajoute -t-elle. J’ai ma petite idée, mais après les transmissions j’appellerais quand même les collègues du 4A pour être sûre. Pendant les transmissions, Janette me présente chaque patient, leur motif d’hospitalisation, leurs antécédents, leur état général, les examens qu’ils ont eus, les résultats en attente… Après les transmissions orales avec l’équipe de jour, j’appelle donc le 4A. Aux vues des explications, elles ne sont pas beaucoup plus préparées… elles ont un peu de matériel mais « vraiment pas assez, on ne pourra pas t’en prêter » m’explique l’infirmière. Ce n’est pas grave, je profite qu’il me manque des médicaments et du matériel pour passer voir une collègue qui, en plus, doit avoir des informations plus précises sur ce qui se passe dans cet hôpital. Adélaïde est infirmière de nuit en cardiologie. Elle m’explique la situation :

« On a une dizaine de patients [de] diabéto[logie] qui arrivent lundi. Du coup, en récupérant les infirmières de diabéto, les filles [anciennement d’infectieux] ont pu être libérées pour l’ouverture du COVID. Il paraît que c’est le bazar. Elles font jour, nuit. Elles n’ont pas de matériel. Masques, surblouses, charlotte… tout manque ! Au final, quand l’unité sera pleine il y aura quatre inf[irmières] et quatre AS [aides-soignantes]. On n’a jamais vu ça ici ! D’habitude c’est une infirmière pour 25 à 30 patients ! Quatre c’est Byzance. Mais bon, il y aura surement besoin vu ce qui s’annonce».

Elle m’explique que des lits sont libérés pour l’accueil de la diabétologie lundi. Pour une fois, c’est un peu plus calme. « Le calme avant la tempête » me dit-elle. Je m‘étais dit la même chose en arrivant dans mon service. Une fois approvisionnée en médicaments et matériel, je retourne en MPR. Avec Elena, nous faisons notre tour rapidement. Il s’agit de vérifier les constantes (tension, pouls, température, fréquence cardiaque et douleur), de distribuer des poches de glaces ou de parafengo (poche chaudes) pour les douleurs, de distribuer les médicaments et de changer les patients (changer les protections des patients non autonomes, les nettoyer, les réinstaller, faire les préventions d’escarre, vérifier qu’ils vont bien, discuter avec eux…). Pendant le tour, Elena témoigne à plusieurs reprises son inquiétude pour la suite. « La neuro c’est lourd, si on est que deux, ça sera pas assez, il faudra au moins une autre aide-soignante sinon… ». Depuis plusieurs jours, il n’y a que des bruits de couloir… les services sont un peu moins lourd puisqu’il faut faire de la place, mais l’incertitude ambiante et l’attente du déluge rendent l’atmosphère un peu morose. « On ne nous dit pas tout » me disent mes collègues de jour comme de nuit.

Lorsque j’arrive devant la chambre de Mme V., patiente ‘COVID’ qui est remontée de son scanner, je m’habille. Enfin, succinctement, je n’ai pas tout. Le masque FFP2, une surblouse et des gants, c’est déjà mieux que rien. La patiente est excédée : « Ha enfin quelqu’un qui rentre vraiment dans ma chambre ! J’ai de la fièvre et personne ne vient ! C’est quoi ce service ! Tout ça parce que les gens pensent que j’ai le corona machin on me laisse enfermée dans ma chambre ! ». Je discute avec elle une trentaine de minutes jusqu’à l’apaisement partiel. Je lui explique pourquoi elle est isolée mais j’entend son stress, d’autant qu’elle pensait rentrer chez elle après le scanner qu’elle attend depuis le matin. Mais elle n’a eu son scan thoracique qu’à 20h car les patients hospitalisés, cliniquement bien et supposés infectés passent en dernier sur le planning pour éviter de perdre du temps en désinfection du matériel. « C’est limite s’ils m’ont pas jeté les médicaments à travers la porte et s’ils me parlent pas porte fermée ici ! C’est n’importe quoi ! Ça tourne à la psychose pour une grippe ! » me dit-elle. Après une prise de sang du fait de l’hyperthermie et un antipyrétique, je lui improvise avec ce qu’il reste dans le réfrigérateur. Il n’est pas rare que l’équipe de nuit récupère les doléances de la nuit et vice versa. Ceci participe aux relations parfois ambiguës entre le jour et la nuit. Pour faire les deux roulements, je connais bien cette spécificité qui fait que chaque équipe pense que l’autre n’en fait pas assez, explication un peu facile mise en place pour essayer d’expliquer que chaque jour nous sommes surchargés de travail sans totalement reconnaître que nous fonctionnons en flux tendu, toujours en effectif minimum et que cela est la cause majeure de la surcharge avec les multiples aléas que nous connaissons mais dont je n’ai ni la patience, ni le temps de faire état ici (oui il y a en tant que cela).

Mme V. a-t-elle raison ou tort, faisons-nous une psychose de pas grand-chose ? Je ne sais pas, seul l’avenir nous le dira. C’est vrai qu’au début nous pensions que c’était une grippe en plus fort. Mais ces dernières semaines, tout commence à bouger, nous nous posons des questions auxquelles nous n’avons pas forcément de réponses… d’où cette impression de secret, ce « on ne nous dit pas tout ». Pour l’instant, je ne sais pas trop quoi en penser. Comme me dit Elena : « Ma pauvre chérie, on verra bien à quelle sauce ils vont nous manger va ! ». Pendant le tour, j’ai plaisanté avec Mr. D. Il est entré pour suite de prise en charge de sa prothèse de hanche. Il se déplace assez bien mais il va devoir rentrer plus tôt que prévu et est un peu angoissé. Finalement, avec les informations en fond sonore nous nous arrêtons dans nos badinages et regardons l’écran. Je m’assois sur sa chaise avec son accord et nous écoutons ensemble : fermeture des restaurants, interdiction des rassemblements, fermeture des commerces non nécessaires… En effet, nous y voilà. Je rassure le patient : « Bon vu ce qui s’amène, mieux vaut que vous rentriez sinon vous allez rester ici avec le COVID en prime ! ». Il rit : « Non merci, en effet, je préfère rentrer ! Mais je ne pourrais même pas me faire un bon resto pour rattraper la nourriture horrible d’ici ! ». Il n’a pas tort.

Un peu après en chambre 124, Mr. K regarde les informations aussi. Je constate les afflux dans les magasins : pâtes et papier toilette. Nous en rigolons un peu. La panique crée la pénurie… un peu comme ici. Il paraît que le stock de masques et de manugel (gel hydroalcoolique) est en rupture à cause des soignants et un peu des patients. Tout le monde essaye de se ravitailler aux frais de l’état, mais surtout là où les provisions sont encore disponibles puisque les pharmacies de villes ont été dévalisées puis réquisitionnées. Le grand sujet du moment, c’est donc le vol de matériel. Les gens volent des masques et remplissent leurs bouteilles de gel hydroalcoolique personnel avec celles des services de soin. Cela fait une semaine que les gens ont découvert que le lavage des mains sauvait des vies… (à l’hôpital, nous le savons depuis le XIXe siècle, grâce à Semmelweis! Visiblement nous sommes en avance sur notre temps… Enfin, de là à voler du gel hydroalcoolique… surtout que le savon et l’eau fonctionnent aussi bien ! C’est moins un problème de produit que de méthode. Mal se laver les mains avec du gel, revient au même que mal se laver les mains avec du savon. La différence c’est qu’avec le gel c’est trente secondes de frictions et au savon une minute. Le secret, bien frotter partout ! Comme me dit Amalia, une amie infirmière dans un autr établissement : « mettre trois gouttes de gel, frotouiller, tapoter et agiter pour que ça sèche, ça ne nettoie pas grand-chose quel que soit le produit… ». Mais les gens sont rassurés, ça sent l’alcool, ça sent le propre… un peu comme l’odeur de javelle qui connote une impression de sain, de propre. Pour ce qui est des vols, je ne suis pas trop étonnée. C’est un peu une habitude, sauf que n’appelons pas ça ainsi. Il est récurrent de « piquer» deux ou trois trucs dans la pharmacie : prendre des dolipranes, des antibiotiques, des crèmes… la différence aujourd’hui c’est que c’est du SHA (solution hydroalcoolique), des masques et des gants qui disparaissent…

Dans les services, cela fait déjà quelques temps que nous avons des consignes et des recommandations pour réagir face à ce virus mal connu. Porter des masques FFP2, puis chirurgicaux, puis cela dépend de la situation. Il faut mettre des gants, ne pas en mettre, finalement si… et puis non… bref, nous recevons des informations dans tous les sens, pas toujours claires et de plus en plus restrictives, c’est-à-dire qu’elles vont vers le rationnement pour prévenir la pénurie. « Ce n’est pas du rationnement, mais l’usage intelligent et à bon escient du matériel ! » objecte le cadre de nuit. Je reste sceptique.

CORONA is everywhere!

15/03/2020 : à mon domicile

Point contextuel sur le premier service COVID de l’hôpital

Le service COVID a ouvert le 13 mars et l’équipe soignante dévolue à ce nouveau service COVID est en partie l’ancienne équipe de médecine infectieuse. Mon ancienne équipe, ou ce qu’il en reste. Nous avons travaillé ensemble deux ans. Depuis, l’hôpital a fermé le service de médecine polyvalente et médecine infectieuse. Deux médecins ont été écartés : Damiens s’est occupé ensuite de l’HDJ (hôpital de jour) et Amir devait garder les quelques lits de médecine fusionnés avec la cardiologie… il a fait un burn-out et le retour a été difficile. Les trois autres médecins ont démissionné en même temps. L’équipe a été morcelée et réaffectée sur tout l’hôpital : neurologie, cardiologie, psychiatrie, MPR… Ce fut une période difficile pour cette équipe que certaines voient comme une famille (au point de se faire tatouer le « 72 » emblématique, ancien numéro de l’unité sur le bras ou la cheville). Ceci est vieux, ça fait un an et demi. Mais il me semble nécessaire de faire le point : le service de médecine polyvalente et médecine infectieuse n’existe plus. Il n’y a plus que quelques lits épars un peu partout dans les autres services. Or, pour la prise en charge d’une épidémie telle que celle que nous vivons, avoir un service pouvant accueillir les patients infectés et une équipe déjà fonctionnelle aurait été utile. Mais il a fallu plutôt réfléchir à comment réorganiser tout l’hôpital, le restructurer pour faire face. Ne nous le cachons pas l’hôpital manque de personnel de façon chronique. Je suis vacataire, depuis deux ans, c’est-à-dire que je viens remplacer dans les services où le personnel manque. Nous sommes nombreux à être vacataires. Le point positif de cet hôpital est que je n’ai pas besoin d’aller chercher du travail dans un autre établissement tant il y a de nuits à pourvoir. Mais revenons au service COVID. Rachid a repris la direction de cette nouvelle unité et les infirmières d’infectieux ont été libérées de la cardiologie où elles étaient affectées depuis, pour y travailler. Comme me l’explique Marina, une ancienne collègue :

« Ils ont voulu nous détruire et on se reforme. Ça leur montre à quel point la médecine infectieuse est importante. Résultat là on tâtonne. On a dû recréer un service à la va vite. Heureusement qu’on se connaît déjà, on est plus efficace mais déménager et ouvrir un service en accueillant des patients instables, c’est précaire… et puis, on n’a pas le personnel. »

Le service ouvre à 4 puis 7 lits. Le nombre augmentera ensuite jusqu’à 23 voire 27 d’après ce que j’ai entendu. Pour ce qui est du personnel, l’effectif prévu est de 4 infirmières et 4 aides-soignantes nuit et jour. J’espère qu’ils trouveront le personnel sinon les journées vont devenir encore plus infernales.

Être présent

Aujourd’hui j’ai reçu un message d’une amie. Une ancienne collègue. Elle me demande si je suis disponible pour dépanner ce soir car vendredi 13, la première unité COVID a ouvert et ils ont besoin de monde. Je ne peux pas et je me sens coupable, mais là, je sors déjà d’une série de nuits et je suis malade… la cadre de nuit hier, mécontente m’a sommée de ne pas revenir tant que je ne me faisais pas dépister pour le COVID… j’attends donc lundi. Mais vraiment, dire non est difficile. J’ai l’impression de les abandonner. C’est notamment là-dessus que fonctionnent les services hospitaliers aujourd’hui : la notion d’équipe qui crée une dépendance et pousse les soignants à revenir sur leurs repos pour aider leurs collègues car souvent, des affinités se créent. Pour l’avoir fait pendant au moins quatre ans, lorsque l’on me demandait de revenir sur mes repos, je revenais pour mes collègues plus que pour les patients, ceci est assez prégnant dans les équipes où les relations sont bonnes. Les collègues ont une importance primordiale. La notion d’entre-aide aussi. Je me sens d’ailleurs d’autant plus mal qu’il y a deux jours, j’ai envoyé un mail à la direction des soins pour me porter volontaire pour renforcer les unités COVID qui vont ouvrir. Je veux participer, être présente, aider. Lara me rassure :

« Ma pauvre, non mais c’est quoi cette petite voix ! Repose-toi, tu as l’air K.O. T’inquiète, le plus important c’est que tu prennes soin de toi ! On va avoir besoin de toi après surtout ! T’inquiète, on va se débrouiller, tu viendras quand ça ira mieux ! »

Moi qui cherche à quitter cette profession, à quitter l’hôpital et mise tout sur mes études pour m’en échapper, je revois de plus en plus mes priorités. En tout cas juste le temps de la crise. Je ne vais pas abandonner mon mémoire de master évidemment, mais j’augmente le nombre de gardes de façon exponentielle. Je vais voir comment concilier les deux, mon travail et mes études dans ces conditions. Sans défi, on s’ennuie !

Des sentiments ambivalents

Le 19/03/2020 : Chez moi, au téléphone

Une amie (AS) m’appelle en visio. Je décroche, il fait sombre, je ne vois que son visage en gros plan. Elle regarde à droite et à gauche. J’attends, sentant arriver la chose… Elle écarquille les yeux, fixe la caméra et dit en singeant une fois apeurée et tremblotante, qui finalement ressemble plus à la voix de Gollum qu’autre chose : « It’s everywhere ! ». Elle mime une attaque de couette et produit un son signifiant la mort, une sorte de « uuurugh » plaintif, un dernier soupir loufoque. J’explose de rire devant cette merveilleuse prestation. Je comprends aussi que sa garde d’hier dans un hôpital de province n’a pas été de tout repos. Reprenant ses esprits et retrouvant la clarté, elle m’explique : « on crée des unités COVID, mais on a des patients infectés dans tous les services alors bon… ». Je suis presque rassurée de l’entendre dire ça. Je me dis que nous sommes tous logés à la même enseigne ! 

Un peu plus tard, j’ai un second appel. Une autre amie, infirmière. Nous discutons de tout, de rien, du travail, de ce qui se passe en ce moment. Le COVID est partout, jusque dans nos conversations personnelles. Il n’est pas qu’à l’hôpital. Nous le ramenons chez nous. Et puis, il y a les informations à la télévision, les réseaux sociaux. Nous nous amusons de mems qui circulent sur internet, comme celui au slogan : « Wash your hands like your washing Jason Momoa » ou encore le fameux : « Chuck Norris has been exposed to the coronavirus. The virus is now in quarantine for the next two weeks ». Nous nous amusons un peu aussi des messages de soutient que nous recevons depuis quelques jours. Certains viennent même de personnes avec qui nous n’avons pas parlé depuis longtemps, des membres de nos familles, nos amis. Des personnes avec qui nous parlons parfois peu de notre travail. C’est agréable et un peu étrange. En soi, nous continuons juste notre travail. Nous nous adaptons juste à de nouvelles conditions. Tout à coup, être infirmière est devenu un métier à risque un métier de dévotion, une vocation faite d’abnégation…

« C’est comme si les gens découvraient seulement maintenant que les métiers de la santé c’est super important et sous-valorisé. Nous c’est toute l’année qu’on soigne pour un salaire de misère dans des conditions assez médiocres, pas que pendant le corona. » me dit-elle.  

Et puis, nous en venons au sujet des applaudissements. Ceux dirigés les soirs à 20h vers les personnes qui continuent à travailler pour le bien-être des confinés, pour le maintient du pays.

« Amalia : C’est vrai que certaines collègues me disent que ça les aide, que ça les fait tenir, mais bon ça ne va pas durer longtemps.
Moi: C’est vrai que certaines s’y accrochent mais moi j’ai un peu peur de ce que ça va donner quand ça va s’arrêter. Je me dis qu’après, les gens vont oublier simplement, ils vont retourner à leur quotidien et voilà, ça n’aura rien changé.
Amalia : C’est même sûre !
Moi : D’un côté c’est gentil mais d’un autre… en fait du coup je me sens ingrate… je me dis qu’on devrait être reconnaissant ? Les remercier pour les encouragements ?
Amalia : Moi je trouve que c’est quand même un juste retour. Il était temps que les gens s’en rendent compte. Mais bon…
Moi : Après si on gère mal le truc, si on a trop de morts, si on refuse des gens en réa on va peut-être passer des sauveurs aux assassins… ou comme on travail avec le COVID, les gens qui nous voient comme des pestiférés. Je ne sais pas.
Amalia : Ça peut faire un peu comme les policiers acclamés pendant les attentats puis caillassés ou les pompiers… mais je ne pense pas, on verra remarque ! Mais oui, c’est pas impossible. »

Nous avons un sentiment ambivalent et pas forcément très optimiste pour la suite. Finalement nous embrayons sur notre façon de vivre le confinement. Elle se moque un peu : le confinement n’a pas changé grand-chose à mon mode de vie habituel. Pour elle en revanche, le plus compliqué va être de ne plus pouvoir décompresser en voyant ses amis. Alors, nous nous appelons, nous faisons des Skype à plusieurs, un peu comme tout le monde. Ça fait du bien de voir d’autres gens et de parler d’autres choses, ça évite que l’hôpital nous bouffe trop, même si tout le monde nous demande comment ça se passe, comment ça va, attendant une réponse, sans vouloir non plus trop de détails : le nombre de morts, de gens qu’on envoie pas en réa, nos peurs… tout ça est plutôt évité. Je n’arrive cependant pas à savoir si cela vient d’une forme de retenue que nous aurions ou si nous sentons bien que les détails ne sont pas désirés. Après tout, nous ne voulons pas non plus que nos proches s’inquiètent, ils le sont déjà assez.

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