Journal de bord n°1, « Confinement en auberge de jeunesse », Sophie, Royaume-Uni

À mon départ, mon sujet provisoire de recherche portait sur l’appropriation de l’espace et les enjeux d’intimité en auberge de jeunesse, sur comment chacun investit cet espace collectif à la frontière entre l’hôtel et la colocation, un lieu de passage pour certains, de résidence ou de travail pour d’autres. Si ce sujet est toujours ironiquement valide, l’orientation que prenait mon travail a été bousculée par l’arrivée de la “situation coronavirus” et le départ des touristes, insufflant une tournure nouvelle à ma recherche et attisant mon intérêt.

Cela fait deux mois que je me trouve sur mon terrain – une auberge de jeunesse – au Royaume-Uni. À la demande des managers, je n’apporterai pas plus de précisions sur sa localisation. En effet, si l’auberge a cessé d’accueillir de nouveaux hôtes mardi 24 mars (premier jour de “lockdown” en Grande-Bretagne) et a officiellement fermé ses portes lundi 30 mars, nous sommes nombreux à toujours y vivre : une bonne quarantaine (sans mauvais jeu de mot). La vaste majorité des personnes vivant et travaillant dans les lieux depuis des mois voire des années, attire l’attention sur notre petite société et pourrait engendrer des difficultés pour tout le monde. 

Nous sommes ainsi isolés ensemble. Doux oxymore.

J’ai hésité entre rester et partir pour cette raison. Est-ce vraiment raisonnable de rester en confinement avec autant de monde alors qu’il est possible de rentrer en France et de le faire seule ou avec l’un de mes parents ? Mais, venant d’un lieu aussi peuplé, ne mettrais-je pas en danger ce parent ? Ai-je vraiment envie de traverser cette situation seule ? Ne vais-je pas passer à côté de quelque chose de très pertinent pour ma recherche ? 

Les questions et hésitations se sont bousculées. Puis l’évidence : rester. Plutôt que partir chez ma mère où les jours se suivront et se ressembleront, rester est un moyen de vivre quelque chose de différent, d’inédit, d’improbable. 

Alors certes, il est plus dangereux d’être ici, entourée d’une quarantaine de personnes. Tout le monde a conscience qu’il suffit que l’un d’entre nous ne soit pas précautionneux pour que le virus se propage dans l’auberge comme une traînée de poudre. Des changements ont eu lieu pour diminuer les risques : les groupes chargés du nettoyage quotidien ont plusieurs tournées “Matador” (joli nom hérité du produit utilisé pour désinfecter toutes les surfaces avec lesquelles nous entrons en contact -poignées de portes, tables, chaises…), nous ne sommes plus que 1 à 3 par chambres (selon la taille), un étage entier est vide et apprêté pour accueillir en quarantaine toute personne qui présenterait des symptômes potentiels… Nous sommes tous en possession d’un jeu de clé qui nous permet d’entrer et sortir de l’auberge fermée (interdite même) à toute personne extérieure. 

Nous sommes un microcosme au sein de tout ce qu’il (ne) se passe (pas) et c’est exactement ce qui me fascine. Qu’est-ce qu’être confiné avec un grand nombre de personnes ? Comment l’organisation se fait-elle ? Comment interagit-on ? Quelle est la différence avec la vie en auberge de jeunesse en temps “normal” ? 

C’est de cela que je compte parler.

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