Quête de rencontre physique, esseulement, franchissement des codes sociaux établis ? Saint Germain-En-Laye, France Eustache n°2

Dans leurs fauteuils en osier, le couple probablement sexagénaire assis l’un à côté de l’autre, occupe le trottoir, laissant ainsi comprendre que la femme et son époux profitent des rayons de soleil de 17h, obligeant les passants et promeneurs surpris ou non, à descendre, le temps d’un décalage ou une déviation dirait-on en langage code de la route en période de travaux, de quatre à six mètres, avec au ventre l’imaginaire ambiant de la distanciation, pour rejoindre la suite du trottoir dans cette ville de Saint-Germain-En-Laye. Cette attitude, l’investissement du trottoir, récriminée en tant que trouble à l’ordre public, à la quiétude riveraine, en temps de non coronavirus, comme acte d’incivisme, de  »malpolitesse », d’indiscrétion provocatrice et d’insouciance, passe pour anodine aujourd’hui et n’a suscité aucune alerte téléphonique systématique, digne de l’ère des délations, tel un danger de mort, à la police dont le mode d’intervention en ce genre de cas : une sommation immédiate accompagnée de déguerpissement de l’ ‘’espace public’’. On peut considérer, si besoin en était, que le moment ne convient pas tellement pour espérer une suite quelconque des forces de sécurité ni des services de la mairie contre cet exhibitionnisme volontaire et abus des limites sophistiquées d’antan…. Lever les habituelles barrières que la convenance impose à chacun et à tous, fait indubitablement écho à une requalification des modalités de partage de l’espace social normé et à un décentrement de ses usages en temps de confinement …

Par ces temps qui courent, davantage de gens du quartier, savent un peu plus, qui précisément, habite enfin tel immeuble ou à minima, la localisation approximative du domicile de certains riverains. Il y a, à mentionner la montée à peine voilée, du besoin des gens, outre de se donner à la ‘’monstration’’ ; de se faire entendre : parler fort tel le jeune étudiant qui, depuis le troisième étage de son immeuble, crie fort à une voiture de marque Porche dont mon voisin avec qui on faisait notre défoulement quotidien sur la pelouse de la copropriété, m’a identifié le bruit : c’est beau ! L’automobiliste n’a pu lui répondre ni par un merci ni par un jeu de klaxon comme c’est la coutume dans ce genre de cas.  Il en est de même de ceux des promeneurs à qui le calme et le silence du confinement, deviennent de plufas en plus pesants. Cela correspond, dans la circonstance actuelle, se faire remarquer en parlant fort ; signal qui s’oppose spécifiquement à la discrétion dont le chacun fait son persil était le lit. Tellement, les pollutions sonores, le besoin de créer du lien ; non plus virtuel, de se ‘’connecter’’ non pas à ses écrans (TVs, Tablettes, Ordinateurs, Téléphones portables) mais à l’autre, aux autres acteurs de l’espace social, « légalement virtualisé depuis le 16 mars 2020 pour ceux dont l’activité professionnelle le permet », font défaut et écho à la ‘’détresse’’ humaine convoquée par les mesures difficiles d’isolement, de la distanciation physique pour préserver, plus que la santé de soi et celle de ses proches, sa vie et la vie des autres. Il n’y a plus de vie disent d’autres voix certainement optimistes, Comment la pénibilité du confinement s’articule-telle avec la nécessité de respecter les mesures gouvernementales qui rendent la vie déjà ‘’ostracisée’’ ?  Ma voisine, en télétravail, qui ne m’a pas vu sortir depuis quatre jours, se saisit d’une courte apparition que je fais sur la pelouse pour recevoir un appel téléphonique, arrête son télétravail, sort m’adresser la question suivante : vous ne sortez-plus ? Alors qu’en temps normal, on s’embêtait voire se culpabilisait de se croiser plus d’une fois dans la journée puisque je dois malheureusement, traverser toute la longueur de leur appartement aux grandes portes et fenêtres en baie vitrée pour rejoindre le local des poubelles dont les tris ne sont plus assurés depuis la vague pandémique. 

Œuvres d’art ‘’confinées’’ : sécuriser le patrimoine de valeur au gardiennage par le commissaire-priseur     

 L’hôtel des ventes et ses bureaux qui ne peuvent m’échapper chaque fois que ma cuisine m’accueille pour recharger mes batteries, sont paradoxalement ouverts et pourtant sans fréquentation de ses clients réguliers et fidèles de soixante-dix ans et plus. Le responsable que j’ai assez souvent l’occasion d’apercevoir à son arrivée ou de croiser à ses heures de sortie est omniprésent au poste : son entreprise fait certainement partie de celles indispensables pour l’économie locale me suis-je demandé ? Tantôt les fenêtres et volets ouverts, tantôt fermés, le marqueur majeur de sa présence est sa voiture. Je suis bien tenté de lui adresser la question de son non confinement… dès lorsqu’il ne voit personne, j’en déduis qu’il est éligible au cadre gouvernemental organisé de ‘’ restez-chez vous ‘’ ! Je pousse cependant mon investigation et partage mon questionnement avec mon voisinage beaucoup plus renseigné et averti : il vient certainement pour le gardiennage des œuvres d’art qu’il commercialise. En fait, la présence humaine régulière, devrait dissuader les tentatives de vols de pièces entreposées qui doivent coûter les yeux de la tête. J’en apprends un peu plus de ce qu’il y aurait eu, au moment de notre emménagement, il y a deux ans et demi, le vol d’un tableau de ‘’Maître’’ (Renoir) et que la police a dû interroger plusieurs personnes du voisinage pour tout indice pouvant éclairer son enquête. Cela justifierait-il une telle dérogation à l’huissier de justice ou la nécessité d’une présence de gardiennage en raison des risques potentiellement élevés alors que d’importants travaux, notamment le remplacement total du toit de la maison ont été effectués récemment ? Comment expliquer la fréquence moyenne quoique variable, de quatre rondes de la police dans cette rue chaque jour sans compter celles plus intensives des équipes de Vigipirate (dont les missions ont dû être étendues…) en ce temps de confinement coronavirus ? 

Des places payantes de voiture au chômage des horodateurs et des AVSP dans le nouveau paysage confiné

Les places payantes de stationnement des voitures le long des trottoirs et les horodateurs sont occupés par les mêmes voitures sans accueillir depuis la mi-mars la moindre visite zélée pour verbalisation, comptage des agents municipaux (Agents de Surveillance de la Voie Publique) qui doivent être comme c’est la règle en cette période de covid19 qui bouleverse tout, en chômage partiel et ainsi privé la Mairie d’une partie de ses rentrées d’argent. Même les riverains qui n’ont pas eu le temps de déserter leurs appartements ou maisons franciliennes pour vivre le confinement dans leurs résidences secondaires et maisons de campagne ne se croient plus obligés de poser sur leur pare-brise un bout de papier au signalement ‘’ devant chez moi’’ pour différer ou contester les amendes régulièrement objet courant de malentendus, de polémiques, les conduisant, dans les cas de scénarios catastrophes, devant le tribunal administratif. Les voitures ne rompent plus le calme et la tranquillité du quartier. Elles, à contrario, concourent dorénavant à y contribuer notablement depuis ce qu’on nommera dans l’histoire locale mais principalement nationale, la période de l’interdiction des sorties non-indispensables.

      

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