Épisode: Loin de la Maison « confinée », Ntaiana Papadaki-Pieridou, Paris, n°1

12 Avril 2020, Confinement, Ntaiana, 24 ans de nationalité grecque, Paris, France

L’encadrement de mon stage (Master 2 d’Anthropologie et Ethnologie) a bien commencé le 2 mars 2020 à la Maison des Réfugiés qui se situe dans le cœur de la ville parisienne. Pour bien expliquer, cette maison est située au rez-de-chaussée du centre d’hébergement d’urgence au 50 boulevard Jourdan  dans le 14e arrondissement. Il s’agit d’un lieu d’accueil et d’accompagnement des réfugiés (migrants, demandeurs d’asile, réfugiés statutaires) en leur permettant d’apprendre les cours de français, d’avoir accès à la formation et à l’emploi, à l’hébergement citoyen et à des activités sportives et culturelles. C’est un projet financé par la ville de Paris et mis en place par Emmaüs Solidarité et SINGA (association spécialisée dans l’hébergement et à l’emploi des réfugiés). C’est lors de la journée mondiale des personnes Réfugiés que la structure a ouvert ses portes une première fois symboliquement le 20 juin 2019 mais officiellement le 19 novembre de la même année.

Pourtant, l’émergence de la pandémie du coronavirus en France a créé un mouvement de panique et de remise en question sur ce qui va se passer pendant et après la période de confinement. Le respect des consignes est obligatoire à la Maison (laver régulièrement les mains) où l’arrivée des réfugiés augmente chaque jour. Un jour, ma tutrice du stage, Tiphaine BOUNIOL, en tant que coordinatrice de la maison nous informe que pour tous les événements culturels, ne pourra pas accepter plus de 50 personnes, une décision d’Emmaüs Solidarité; une décision qui nous a baissé le moral…Un événement prévu le 18 Mars pour la fête de « Nowrouz » d’Afghanistan est annulé. À ce moment là, je m’aperçois que le pire arrive…Lundi 16 Mars, la Maison des Réfugiés ferme ses portes officiellement au public lors du discours du président Emmanuel Macron pour le confinement et la fermeture de tous les services publics qui ne sont pas de première nécessité.

Cette « guerre sanitaire » comme le président a souligné pendant son premier discours touche tous les continents du monde ; Europe, Asie, Afrique, Amérique…Une crise sanitaire qui n’a pas de frontières. Un danger total qui peut toucher n’importe qui, n’importe où, et n’importe quel moment. Personne n’attendait cette situation. J’ai commencé à comprendre la gravité de ce phénomène avec la fermeture des aéroports… Le projet d’aller en Grèce et de fêter les vacances de Pâques avec mes parents est quelque chose auquel je n’ai pas arrêté de penser. Jusqu’au dernier moment avant l’arrêt définitif des vols vers la Grèce, j’ai eu le dilemme : rester à mon appartement à Paris ou risquer à voyager en avion avec beaucoup de monde ? La peur de contracter le coronavirus et le transmettre même à un membre de ma famille, m’a donné la réponse finale : de rester à Paris. Je sentais que je n’avais pas d’autre choix; Un choix justifiable et à la fois « normal» pour protéger moi-même et ma famille.

Lors de la fermeture de la Maison des réfugiés, j’essaie d’avancer sur mon mémoire malgré toutes les difficultés. Les entretiens que j’ai réalisé pendant les 2 semaines de mon stage ne sont pas suffisants, donc je mets tous les efforts pour être en contact avec l’équipe de la Maison. Je prends des rendez-vous soit par mail soit par téléphone avec des collègues et des intervenants qui travaillent à la Maison pour pouvoir continuer mes recherches. En même temps, j’échange des messages avec des amis et des cousins qui sont en Grèce pour prendre des nouvelles et j’assiste au cours d’espagnol, cours d’option de l’université, à travers de vidéoconférences.

La durée de cette crise est tout à fait inconnue. La Maison des réfugiés reste fermée pour une durée indéterminée. Cependant, ma tutrice et une collègue continuent de travailler à la Maison en respectant toutes les règles sanitaires. Plus particulièrement, elles aident les petits enfants aux devoirs qui habitent au centre d’hébergement d’urgence situé au dessus de la Maison des réfugiés (ce centre d’hébergement est composé de 4 étages où habitent des hommes et femmes isolés ainsi que des familles). L’envie de proposer aussi mon aide a été freinée quand j’ai pensé au danger du COVID-19 et au contact rapproché avec des personnes. Tiphaine, dès la fermeture de la Maison au public m’avait proposé de rester chez moi et m’avait dit qu’il n’y avait pas besoin d’y aller, vu que mon stage était temporairement arrêté.

Une Maison confinée…Cependant, les propositions par rapport au cours de français en ligne et à d’autres animations (séances de sport, actions bénévolat etc.) continuent avec l’intervention des partenaires de la Maison. De cette façon, les réfugiés gardent un contact avec la langue et en même temps profitent de ces réunions et discussions enrichissantes. Pour eux, c’est un moyen de communiquer et de se sentir bien pendant ces moments difficiles.

Cela me fait penser aux  résidents des foyers de Saint-Denis que j’ai connu en tant que participante au programme de « migrantour ». À travers les appels téléphoniques, je discute avec eux de temps en temps et cela leur fait vraiment du bien. Prenant en considération la situation compliquée des foyers (chambres de 7m2 etc.) je me rends compte que j’ai la chance d’habiter dans un appartement de 23m2. Évidemment, ce ne sont pas les mêmes conditions (un peu d’humour ne fait pas de mal).

Confinée dans un appartement n’est pas bien sûr facile pour une personne qui bouge beaucoup au quotidien. Il y a des fois où  je n’arrive pas à me concentrer sur mon travail. Le stress bloque ma pensée…il freine quelques fois la motivation de continuer les recherches. Pourtant, j’essaie de penser de manière positive et je trouve le courage de travailler. Juste une phrase de mes parents « tu vas y arriver, ne t’inquiète pas » peut devenir un soulagement et un réconfort…

La richesse d’informations sur l’état du domaine où habitent les réfugiés est un outil indispensable pour aller un peu plus loin…Le cas de Calais est un exemple qui révèle la situation dramatique pendant le confinement, où les conditions ne sont que inhumaines.

Comme c’est déjà dit, le coronavirus, considéré comme un « visiteur invisible » (expression selon ma réflexion) n’a pas de frontières. Il est arrivé aussi en Grèce, le pays de mes origines. Et pour ce qui se passe surtout aux îles grecques, je ne peux pas trouver les mots qui correspondent à cette situation : “drame”?, “catastrophe”?, “chaos” ? Je continue à réfléchir. En ce moment, la concentration des réfugiés aux îles est considérée, selon des opinions, aussi comme un risque sanitaire, quelque chose qui met plus en danger la santé des locaux.

Le confinement a provoqué l’aspect des villes fantômes, avec presque aucune présence humaine. On a l’impression que le monde s’est arrêté voire mis en pause pour une durée indéterminée. Les questions par rapport à cette pandémie se posent tout le temps dans ma tête. Et les réponses restent un mystère…

Mes observations ne se terminent pas ici. Aujourd’hui, l’application de la  nouvelle attestation numérique de déplacement dérogatoire, à mes yeux, rend plus facile la circulation. Et là je me pose les questions suivantes : si, avec cette attestation les gens profitent de sortir de plus en plus, comment est respectée la règle du confinement ? Et de cette façon n’est-il pas plus dangereux pour quelqu’un d’être porteur du COVID-19 ? Ensuite, je me demande si tous sont vraiment conscients de ce qui se passe maintenant, au moment que je vois des personnes qui ne respectent pas les règles sanitaires (porter des masques, des gants) et sont à l’espace extérieur parce qu’effectivement, il n’y a pas de contrôle dans tous les quartiers.

Quelle image donnent les médias par rapport à la situation et quelle est la réalité des choses ? Qu’est-ce qui va se passer après le confinement? Sera-t-il encore présent dans la peur, aux yeux des gens ou pas? Avec l’ouverture de la Maison des réfugiés, les grands événements seront-ils de nouveau possibles, ainsi que les réunions etc. ou y aura t-il des mesures quand même?  Finalement, est-ce que le COVID-19 est en train de laisser des « traces » dans notre vie ?

Maintenant, on n’attend que la suite des événements.

Mots-clés : Confinement, coronavirus, COVID-19, pandémie, Maison des Réfugiés, « Maison confinée »

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