Épisode: Des conflits « intérieurs », Ntaiana Papadaki-Pieridou, Paris, n°2

13 Avril 2020

Chaque jour qui passe est imprévisible, comme le coronavirus.

Lorsque le président Emmanuel Macron a précisé dans son discours le 13 Avril 2020, cette pandémie « n’est pas encore maitrisée ». C’est quelque chose de difficile à gérer et « exterminer ». Mais dans chaque problème, il y a toujours une solution. Et là, je m’interroge si la solution, c’est-à-dire, si le vaccin du virus a été déjà découvert et que personne n’a été mise au courant…et si le vaccin existe, pourquoi personne n’en parle ? Pourtant, un médecin renommé « le professeur Raoult » qui pratique sa profession sur Marseille, a trouvé avec des témoignages à l’appui, une sorte de traitement à base de chloroquine (qui s’avère pourtant être efficace). Pourquoi il n’est pas mis, alors, en disposition? Pourquoi tant de silence? Les questions continuent…

Est-ce que le prolongement du confinement jusqu’au 11 mai donne assez du temps pour la sortie de cette crise sanitaire, économique et psychologique?  Si je me disais que oui, ça serait mentir. La possibilité de la  réouverture des crèches, des écoles et des entreprises sera pour moi un souffle mais à la fois un risque. D’un côté, c’est un risque pour la propagation de la pandémie. Un risque qui va probablement mettre en danger notre santé et notamment, celle des enfants. D’un autre côté, ça sera un plaisir pour retravailler à la Maison des réfugiés et retrouver mon équipe ainsi que les réfugiés que j’ai connu dès le premier jour de mon stage. La bonne ambiance et l’esprit d’hospitalité et de solidarité sont des choses que je ne peux pas oublier ni dépasser. Le sens de la collectivité me manque. Mais aussi les moments de rire entre nous.

Concernant ma recherche, j’arrive à prendre  contact avec quelques réfugiés de la Maison en leur envoyant des questionnaires par mail qui m’aideront à comprendre, d’une part, leur lien avec la structure, et d’autre part, avec le pays d’accueil. Je m’intéresse aussi à voir leurs ressentis pendant la période de confinement et les moyens qu’ils utilisent pour la surmonter. Jusqu’à maintenant, avec la présentation de mon objet d’étude, ils  semblent intéressés et étonnés. Cependant, quand je leur demande si je peux leur poser une série de questions par rapport à mon mémoire, même si  j’explique le but de la recherche, quelques personnes au début par curiosité s’interrogent sur la raison de ces questionnaires. Ainsi, je leur explique que la méthode de la réalisation des entretiens avec les réfugiés est nécessaire pour pouvoir approfondir sur mon sujet qui concerne les acteurs de la Maison des réfugiés et la manière dont ils contribuent à l’intégration des réfugiés au pays d’accueil. Après, d’autres personnes ne posent pas de questions et acceptent de répondre aux questionnaires. Pour l’instant, j’attends les réponses.

Chaque fois que je remplis l’attestation électronique pour sortir, je sens que ça ne sert à rien. Pas de contrôle dans mon quartier. Quand je marche dans la rue, j’ai le dilemme de la remplir ou pas, mais au final je la remplis, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer. C’est la peur du dernier moment…et bien sûr, la peur de l’amende. Mais vu l’absence de contrôle, qu’est-ce que le sens de l’attestation? Pourquoi remplir une attestation quand il n’y a pas de contrôle ?

Et dans ces moments- là, je pense aux paroles d’un ami que j’ai connu pendant ma participation au programme de « migrantour » et qui habite au foyer Romand Rolland à Saint-Denis « c’est chaud ici, on est comme en Californie ». En entendant cette phrase, j’ai commencé à rire gracieusement. Il a fait pareil. Au téléphone, il m’a expliqué que là-bas la situation est plus compliquée. Le contrôle existe souvent pendant la journée et surtout à la gare de Saint-Denis. Pourtant, il passe souvent son temps dans le parc qui est situé 200m du foyer où il discute avec ses amis et cela, comme il souligne, lui fait vraiment du bien. Ensuite, je sens son impatience pour la fin de cette pandémie et sa difficulté de rester tout le temps dans une chambre de 7m2, quand il répète 3 fois avec le sourire « je ne peux pas rester tout le temps dans la chambre de 7m2, il faut bouger! », « il faut bouger! ». Je comprends, ce n’est pas facile. Le petit espace ne le laisse pas respirer ni être à l’aise. Au final, il ne peut pas vivre « normalement ». 

De plus, il fait du sport en descendant et en montant les escaliers des 13 étages presque tous les jours et là je lui réponds : « Moi, j’ai essayé de monter et de descendre 5 fois les escaliers des 8 étages pendant une journée (vu que j’habite au 8ème étage du bâtiment) mais après j’ai arrêté, haha ». En retour, j’ai reçu cette réponse : « non, c’est pas vrai! ». Je continue en disant « si si, c’est vrai ». Des expressions de rire s’apparaissent dans mon visage.  Et là, je me rends compte que notre discussion durait déjà 30 minutes. Le temps passe vite quand tu parles avec d’autres personnes et surtout quand il y a une dose d’humour. C’est plus vif, plus fascinant. Ça fait du bien. Une discussion qui « casse » la routine, qui me fait oublier pour quelques instants que je suis en confinement. Quand on raccroche, je reviens à la réalité.    

Dans mon quartier (Issy-les-Moulineaux), contrairement à Saint-Denis, la situation n’est pas la même. La tranquillité est la première chose à observer. Et pendant le confinement, c’est plus calme que jamais. Il y a des fois où ce silence dans le quartier me fait peur, me désoriente. Et si ce silence représente un danger ? Ou un pouvoir discret ? J’ai l’impression que je suis sous surveillance ou que je vais entendre un gros boum. En tout cas, je sens que n’aurai pas le contrôle d’en fuir. Comme dans un rêve où j’essaie d’éviter le danger et je cours, sans arrêter. Je continue à me battre, sans savoir si j’aurais raison de l’adversaire ou pas.

mots-clés : confinement, pandémie, silence, maison des réfugiés

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