Enquête thématique n˚ 1- « Liberté, citoyenneté, introspection », Maria Helena, Brésil-France

Maintenant, ne fut-ce pas la situation d’alerte sanitaire vécue par de nombreuses personnes dans le monde, de nombreux Français, immigrés résidant en France et descendants d’immigrés se prépareraient à la haute saison touristique, de 2020. Le printemps commence à s’annoncer, avec des jours plus ensoleillés, des températures plus chaudes et, par conséquent, la circulation des personnes dans les rues, en zones urbaines et rurales, avec la claire motivation de profiter de la vie et de la ville.

La nouvelle que le Président de la France Emmanuel Macron ferait une déclaration dans la soirée du 16 mars – nouvelle que j’ai reçu d’un ami quatre heures plus tôt – dans le but d’informer les citoyens français et les autres résidents du pays, que nous devrions organiser chacun notre isolement physique, afin de stopper l’expansion du coronavirus – me laisse sans voix… pendant plusieurs minutes…  Le poids du silence, à ce moment précis, reflétait la crainte de l’expansion des contagions et de la somme des pertes incalculables que les sociétés commençaient à enregistrer. Le nombre croissant de personnes malades, dans différents pays d’Asie du Sud et Sud-Est, ainsi qu’en Europe, s’ajoutait aux autres maladies et infirmités sociales, peu à peu dévoilées. 

La situation, motif des préoccupations et d’alarme dans les villes chinoises reculées, est rapidement devenue une source d’inquiétude et l’objet central d’attention pour les pays européens, face au nombre croissant de cas, sidérant des milliers de familles italiennes, espagnoles, américaines, iraniennes, françaises, etc. … Le ton du discours présidentiel, de lutte et de
“guerre” contre le COVID-19, soutenait les décisions et mesures, en matière de gestion et de politique, afin de minimiser les contagions exponentielles observées en Chine, en Italie, aux États-Unis, en Espagne et en Iran. Ce discours a tempéré les velléités de contre la renonciation au droit et le plaisir de profiter de la ville. Il a ainsi contribué à la manifestation de différentes nuances de contrôle social, dans ce contexte de conflits.

Citoyenneté – introspection

Les citoyens sont devenus d’ une part comme des inspecteurs de police, surveillant et interrogeant leurs concitoyens sur leur conduite. D’autre part, la “liberté” de dire ce que l’on veut, de l’intérieur des maisons, a donné lieu à les déclarations de valeurs très conservatrices, aux tendances autoritaires et totalisantes. Déclarations très claires sur leurs motivations (socialement apaisées au fil des décennies), sont exprimées par différentes personnes connues – mais à partir des perceptions du monde, pour moi, jusque-là insoupçonnées- qui exposent “ce qu’ils veulent et désirent” et, non “ce qu’ils veulent et peuvent”, dans un cadre de réflexion posée par Hannah Arendt. 

Malgré l’engagement que proposent des dirigeants politiques à travers des discours plus affirmés, je remarque les défis d’alignement du comportement d’une masse importante d’habitants dans les pays. L’appréhension quant à l’avenir après l’annonce, a favorisé une course, impatiente, aux marchés, aux pharmacies et provoqué l’épuisement des produits alimentaires, des produits de nettoyage et d’hygiène personnelle – en particulier, le kit: gel hydralcoolique, d’eau de javel, le papier hygiénique, des gants et des masques jetables. Les comportements sociaux semblent osciller, avec des différences d’accent, entre l’hystérie, les mesures exagérées de nettoyage, la panique et l’ironie, l’incrédulité, la sous-estimation d’impacts par rapport à la situation actuelle. Entre ces extrêmes il existe une myriade de groupes, plus ou moins informés, plus ou mois engagés à des soins de santé, plus ou moins habitués à avoir une attitude critique d’actualisation et de vérification d’une infinité d’informations, par le jugement critique. Apparemment, tous les comportements se pensent comme des lectures cohérentes de la compréhension personnelle de la réalité. Toutefois, il existe des réflexions et analyses, qui mobilisent des systèmes de valeurs non pertinents, ainsi que des connaissances partielles des questions débattues. Ceci conduit à des conclusions erronées des situations et à des réponses totalement malencontreuses.

S’appuyant sur des informations publiées chaque jour dans les pays dotés de régimes démocratiques, je remarque entre les lignes de textes dans les journaux (en textes délibérément partiels, incomplets et même bien informés), que les maladies sociales et politiques deviennent plus visibles. Les nombreux acquis en droits, liberté et diversité, conquis au cours de deux siècles de lutes, et résultant de pactes sociaux, perdurent, de même que tout ce qui socialement, est considéré comme indispensable à la survie humaine et au développement socio-environnemental; ces acquis résistent mais sont fragilisés.

Source: Personnes sans-abri au centre de São Paulo-Brésil (FRAISSAT, ZANONE, 2 avril 2020).

Les fondements sont devenus l’objet de dispute, d’attaques, lorsqu’ils ne sont pas utilisés comme déguisements pour des pratiques politiques qui éloignent l’être humain, de ce qui définit le caractère, d’être et de subsister.

La “guerre contre la pandémie” fait prendre conscience à chacun de la valeur de la vie et, pousse à s’interroger sur soi-même, comme de prêter encore davantage d’attention envers son prochain. Elle encourage une convivialité intense et remarquable à l’intérieur des maisons, confronte les gens à leurs peurs et à leurs limites les plus profondes; elle aggrave les problèmes et tend les conflits ou, au contraire, stimule un dialogue franc, la jouissance du temps avec ceux qui sont les personnes les plus importantes et les plus chères aux yeux de chacun. Elle provoque des changements quotidiens (ex.: la limitation de la circulation urbaine), la perception et la prise de conscience de ce qui, en fait, nous est cher. Mais cette introspection, pour l’instant, semble très limitée au domaine individuel, au dialogue du « je » avec soi-même, cohabitant dans l’espace au sein duquel se manifestent également la recherche de divertissements à domicile, la maintenance d’activités physiques stimulées par des tutoriels virtuels, des expériences gastronomiques, la réinvention du travail dans des environnements web (avec des postures cool et alignées avec “les nouveaux temps”), les mantras spiritualistes, les révélations religieuses et les discours politiciens guidés par des généralités qui jaillissent dans l’environnement virtuel… et, aussi, peut-être suscite-t-elle des réinterprétations basées sur le contact, le dialogue avec des nouvelles références, avec d’autres bases…

Source: Tour Eiffel, 23 mars 2020 (Veronique de Viguerie/Getty appud KIMMELMAN, 2020).

Vie sociale et citoyenneté obscurcie

Du point de vue socio-économique elle a provoqué un effondrement des marchés dans le monde, sans précédent. Dans une situation de fragilité grave et de grandes pertes, les entreprises, les entrepreneurs, les pays assistent et/ou essayent les voies de récupération, dans la plupart des économies du monde. Certains constatent l’augmentation de leurs profits, en particulier dans les segments de l’économie virtuelle, d’entreprises concentrées sur les livraisons, les produits pharmaceutiques et les produits d’hygiène. Cet effondrement, de plus, malheureusement, renforce les inégalités sociales, les fragilités de ceux qui survivent dans l’économie informelle, la vulnérabilité des personnes dans la rue, les communautés en dessous du seuil de pauvreté, l’importance sociale des personnes âgées (notamment dans les sociétés), la faiblesse des systèmes de santé et de l’enseignement, ainsi que la distance sociale, l’incrédulité devant les dirigeants politiques, dans certains pays.

L’économie des services, la financiarisation de l’économie, la valorisation des privilèges, la concentration du capital, se font entre autres, au prix d’une très forte réduction des investissements et du développement durable dans l’innovation, la technologie, la science, les humanités et les arts, révèlent également, par exemple, des désinvestissements dans l’éducation, santé et infrastructures… Les sociétés sont constamment confrontées à des problèmes de différents ordres: sociaux, économiques, politiques, environnementaux et culturels; socio-économiques, socio-culturels, politico-économiques, écologique-économiques, socio-politiques etc. Dans un contexte comme celui actuel, ces problèmes mettent en évidence les limites des actions individuelles éloignées des demandes collectives, ainsi que la survie et le développement durable des sociétés. Les résultats des actions et politiques socio-économiques, tant au niveau individuel que collectif/social, loin des demandes de la société civile organisée et non organisée, pèsent en contrepartie, à court et à long terme; avec un impact direct et indirect sur tous les membres de la société. La pauvreté est plus proche que nous ne le pensons, elle transite dans les coins obscurcis, à l’extérieur comme à l’intérieur. 

Malgré toutes les connaissances, toutes les ressources, toutes les forces productives des sociétés, la conception de conditions socio-environnementales minimales pour le libre et le plus général développement de l’être humain reste trop éloignée de nos objectifs sociaux. Ce qui fait que le respect et l’inclusion des vies les plus fragiles, de tous les êtres vivants et, par conséquent, de notre peuple, n’éclaire pas nos horizons….

Références

ARENDT, H. 2009. Entre le passé et le futur. São Paulo: Perspectiva.

FRAISSAT, ZANONE. Moradores de rua na região central de SP. In: SANT’ANNA, Emilio. São Paulo tem 7.000 pessoas vulneráveis ao coronavírus morando nas ruas. São Paulo: Folha de São Paulo. Disponível em: <https://www1.folha.uol.com.br/cotidiano/2020/03/sao-paulo-tem-7000-pessoas-vulneraveis-ao-coronavirus-morando-nas-ruas.shtml>. Acesso em: 02 abr. 2020.

KIMMELMAN, Michael. The Great Empty: Photographs by The New York Times. Disponible en: https://www.nytimes.com/interactive/2020/03/23/world/coronavirus-great-empty.html>. Accès en: 02 abr. 2020.

KNAPP, Eduardo. 28 mars 2020. Vista aérea da favela Paraísópoles. In: OLIVEIRA, Samara. Favelas da região metropolitana do Rio criam movimento contra o coronavírus. São Paulo: Folha de São Paulo. Disponível em: <https://www1.folha.uol.com.br/cotidiano/2020/03/favelas-da-regiao-metropolitana-do-rio-criam-movimento-contra-o-coronavirus.shtml>. Acesso em: 02 abr 2020.

PIMENTEL, Mauro. Vista aérea da praia de Copacaba. In: GAIER, Rodrigo Viga. Em cenário inédito, areais de Copacabana ficam vazias com anúncio de suspensão de acesso à praia. Disponible en: <https://economia.uol.com.br/noticias/reuters/2020/03/20/em-cenario-inedito-areias-de-copacabana-ficam-vazias-com-anuncio-de-suspensao-de-acesso-a-praia.htm>. Accès en: 02 abr. 2020.

RUSSO, Claudia. Phylogeny SARS-COV-2. (in progress)

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