Prenons nos précautions contre l’ennemi invisible

Prendre ses précautions.

Prendre ses précautions est devenu le maître mot de ma colocation. Cette expression, est devenue le prétexte pour agir d’une façon, qui en temps ordinaire, serait considérée incorrecte et inappropriée.

Il faut prendre ses précautions, contre le virus. Il faut se protéger, nous protéger, en pensant à nous, et en oubliant toute forme d’altruisme et d’hospitalité, qui pourtant, aurait été naturelle et évidente en temps de non pandémie.

L’inconnu, qui en temps ordinaire aurait été accueilli bras ouverts, n’est plus le bienvenu. L’inconnu, est devenu ennemi des précautions prises. La peur de l’infection vient régir et justifier des actions extra-ordinaires.

Rétractation

Cela fait maintenant quatre mois que je vis au Vietnam, dans une maison supposée accueillir quatre personnes. Ma colocataire néerlandaise, qui initialement avait prévu de voyager en Asie du Sud-Est, a précipitamment décidé de prendre les derniers avions vers l’Europe pour rentrer chez elle. La règle, quand nous quittons la maison, c’est de trouver une personne pour nous remplacer, et éviter que les personnes restantes payent un loyer plus élevé. L’urgence de la situation n’a évidemment pas permis à ma colocataire de trouver quelqu’un pour s’installer à sa place. À vrai dire, en ces temps, il est très difficile de trouver qui que ce soit. Actuellement, le quartiers des « expatriés » (ou immigrés occidentaux) se vide de ses habitants.

La mission impossible était maintenant de trouver quelqu’un d’autre, pour loger au premier étage, à la place de celle qui est partie.

Mission acceptée. Par chance, je parviens à trouver une personne intéressée pour s’installer chez nous. Il s’agit d’une femme logeant dans le Sud, à Ho Chi Minh-Ville. Je multiplie les room tour pour elle, de jour et de nuit, pour lui permettre de voir les différents contrastes de la maison. Je socialise avec elle, et je n’hésite pas à lui donner des informations non demandées pour la rassurer. Au bout d’une semaine d’échanges réguliers, c’est réussi. Elle a obtenu la confirmation de sa mutation à Hanoi. Ses billets HCMC – Hanoi sont réservés. J’avais bien évidemment prévenus mes colocataires de son installation, et elles s’en étaient d’ailleurs réjouies.

Cependant… Une nuit, l’une d’elles envoie un message sur le groupe de conversation de la maison, pour nous faire part de son inquiétude quant à l’arrivée d’une inconnue, logeant précédemment à 1723 km de chez nous, en cette période de pandémie. Alors même que Hanoi a plus d’infectés que Ho Chi Minh (160 vs 20), ma colocataire a changé d’avis: elle ne veut plus accueillir de nouvelle personne. La deuxième colocataire partageant son inquiétude, ne la contredit pas.

Je comprends ces préoccupations, mais je pense également à la personne avec laquelle j’échangeais depuis maintenant une semaine. Un engagement a été pris, provenant des deux parties. Ses billets sont réservés. Tous les hôtels à Hanoi sont fermés. Elle ne connait personne d’autre à Hanoi. Je ne connais pas sa condition financière et je ne veux pas être responsable d’une exclusion. Et je ne veux pas avoir la responsabilité d’exclure cette personne avant son inclusion. Je ne veux pas qu’elle soit SDF.

Accueillir-rejeter les rejetés ?

L’amie de ma colocataire, qui logeait dans une auberge, a été exclue. Donc notre colocataire nous demande si cela nous dérange de l’accueillir. Bien évidemment que non, me concernant. « Ton amie est la bienvenue tant qu’elle n’a pas été en contact avec des touristes, ou n’a pas voyagé ces dernières semaines » rétorque mon autre colocataire.

Elle correspond aux critères. Elle est accueillie dans la chambre de ma colocataire du quatrième étage. Au bout de trois jours, mon autre colocataire manifeste à nouveau son inquiétude. L’invitée fait beaucoup d’aller-retour entre le monde extérieur et la maison. Elle ne respecte pas notre confinement implicite, alors même que le gouvernement ne l’avait pas encore obligé.

Le fond de ses pensées sont extériorisées : l’invitée amie de la colocataire du quatrième étage, n’est plus la bienvenue. Il faut se protéger. Il faut nous protéger, et pour cela, des concessions sont exigées.

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