Épisode: Dé-confinement: une solution ou une « absurdité »?, Ntaiana Papadaki-Pieridou, Paris, n°4

28 avril 2020

Cet après-midi, le soleil a bien caché son visage. Son sourire me manque, ses rayons à mes yeux aussi. C’est comme si le corona (virus) l’a affecté, en l’empêchant d’apparaître. En parlant du soleil, je pense au soleil de la Vergina, symbole de la Grèce antique souvent gravé sur l’armure des guerriers pour leur protection contre l’ennemi mais aussi sur des poteries traditionnelles. Mais aujourd’hui, le pouvoir du symbole ne peut pas être suffisant pour la sortie de cette « guerre » sanitaire. Ça pourrait être idéal, mais ça reste juste une utopie dans ma tête.

Après ma présentation orale au cours d’espagnol via la vidéoconférence, je sens la fatigue percer mon corps comme un électrochoc. Le manque d’énergie pour travailler est évident. Je ne sais pas comment agir ni réagir. Un vide total dans ma pensée. Les émotions confuses. Ni joie, ni tristesse. J’arrête de réfléchir. Pour arrêter de me poser des questions j’essaie de m’endormir. Pendant le sommeil, je prends conscience que je fais des rêves les uns après les autres. Des rêves qui beaucoup de fois deviennent des cauchemars. L’inquiétude et le stress me submergent. Comment je vais m’en sortir? Aucune idée.

Peu importe à quel point j’essaie de m’occuper de choses agréables au quotidien, j’ai du mal à oublier qu’on vit en confinement. En tout cas, il s’agit de la situation actuelle, donc c’est impossible de s’en remettre. Tout ce que j’attends  c’est la période du dé-confinement et la reprise de mon stage à la Maison des réfugiés, en ayant toujours mes doutes pour la suite des événements.

Et là, je me demande si le moment du dé-confinement sera une vraie solution de la crise sanitaire ou un vrai risque. Étant donné que le vaccin n’a pas été encore découvert ou alors camouflé, peut-on résoudre le problème du coronavirus avec le dé-confinement? Je ne suis pas sûre. Je comprends que la fermeture des entreprises, des restaurants etc. pourra être une « blessure » pour l’économie de la France ainsi que d’autres pays du monde, mais qu’est-ce qu’on préfère? Une économie pas très développée pour ce moment donné ou la propagation de la pandémie avec toutes ses conséquences? Personnellement, je choisis la première.

Mes doutes s’entassent de plus en plus avec la réception d’un message sur mes mails personnels par la responsable de mon master (Mme Saskia Cousin) : « Personnes solidaires : URGENCE au foyer de travailleurs immigrés Romain Rolland de Saint-Denis », en nous demandant notre soutien face à la situation dramatique du foyer pendant le confinement. Lorsque je lis la suite du message, cela me choque « les résidents doivent se croiser, sans aucune protection, dans les cuisines, les WC, les douches, les escaliers…le mélange des publics dans des chambrettes de 7,5 m2  sonores et non isolées, la grande précarité et le stress permanent de beaucoup, l’alcoolisme, les résidents qui multiplient les problèmes psychologiques…tout cela rend la vie difficile et, depuis le confinement, encore plus difficile avec, par exemple, des résidents bruyants la nuit qui empêchent les autres de dormir » « je (c’est le président du comité de résidents qui parle) connais trois vieux Algériens qui sont morts. Il y en a deux qui sont morts à l’hôpital mais Kader, lui, au 7ème étage, est mort tout seul dans sa chambre. Une semaine plus tôt, j’ai entendu qu’il était malade. C’est quand les médecins sont venus le 14 avril, qu’il a été découvert, mort, dans sa chambre, mort, tout seul ». Selon ces paroles, je me rends compte que les conditions de vie au foyer Romain Rolland (construit en 1971 par la Sonacotra, composé de 13 étages) semblent encore pires pendant le confinement. Même quand pendant ma participation au programme de « migrantour » et la balade au foyer, avec mon groupe on avait remarqué la situation difficile et « inhumaine » de la résidence (humidité, murs cassés etc.).

Foyer Romain Rolland

En lisant toutes ces informations, je pense à un interlocuteur-médiateur qui habite au foyer Romain Rolland (je l’ai connu en tant que participante au programme de « migrantour ») et je l’appelle pour prendre ses nouvelles. Au téléphone, il m’a expliqué la gravité de la situation et tout ce que je viens de lire. J’avais perdu mes mots. Par rapport aux règles sanitaires, il a souligné qu’avant les conséquences de la pandémie au foyer, la plupart des résidents ne les respectaient pas (ils ne portaient pas de gants ni de masque). Dès qu’il y a eu 5 morts au foyer, ils ont commencé, petit à petit, à respecter les consignes. Mais le problème énorme c’est que les moyens de protection n’ont pas été distribués aux résidents du foyer, une démarche qu’ADOMA (responsable pour les foyers de travailleurs immigrés) devrait mettre en application. Le médiateur a continué en disant que lui, contrairement aux autres, il respecte toujours les consignes tant à l’intérieur du foyer comme à l’extérieur. Ensuite, malgré ce grave problème, selon lui, plein d’associations ont la volonté de les soutenir et déjà dès la semaine prochaine ils leur fourniront 1000 masques sanitaires; un signe qui lui donne de l’espoir pour l’amélioration de la vie au foyer.

Prenant en compte tous ces événements, comment le dé-confinement prévu pour  le 11 mai sera quelque chose d’efficace pour la santé humaine? Avec quels critères la décision du dé-confinement sera prise? Et si le 11 mai sera le début du dé-confinement, est-ce que la Maison des réfugiés, le lieu de mon stage, va de nouveau ouvrir? Et si oui, elle pourra accepter combien de personnes pendant la journée? Je sens que même avec le dé-confinement, rien ne sera comme avant.

Cependant, la Maison des réfugiés continue ses activités sur la page Facebook en mobilisant de cette manière les réfugiés d’y participer et de partager leurs ressentis pendant le confinement. Pour eux, la Maison en ce moment difficile reste un lien « familial » et convivial et sa réouverture sera un « souffle », ainsi que pour moi.

Pour conclure, en tant que confinée dans mon appartement, il y a des fois, comme mon interlocuteur, où j’ai besoin de sortir de ma routine, en descendant en bas, à coté du bâtiment et en admirant la vue formidable de Issy-les-Moulineaux.

Photo personnelle, Vue de Issy-les-Moulineaux

Une vue qui calme mon esprit. Je me perds au coucher du soleil, sans vouloir monter dans mon appartement. Je me sens, en quelque sorte, « libre ». Mais quelques minutes après, la peur du coronavirus « chuchote » à mes oreilles qu’il faut rentrer. Malheureusement, ce n’est pas un choix mais une obligation.         

Mots-clés : confinement, dé-confinement, coronavirus, foyer de travailleurs immigrés (Romain Rolland)

2 réflexions sur “Épisode: Dé-confinement: une solution ou une « absurdité »?, Ntaiana Papadaki-Pieridou, Paris, n°4”

  1. Bonjour et merci beaucoup pour ce texte.
    Je voulais commenter ton l’article quand tu expliques – à la fin du texte – que rentrer (rester confiner à l’intérieur) est une obligation plutôt qu’un choix. Sur mon terrain de recherche c’est en fait le contraire et cette obligation devient un choix. Même si le Mexique est en phase 3 et qu’on est censé être en confinement, une grande partie des habitants ne peut pas se permettre de respecter cette obligation et choisit donc de rester dehors pour continuer certains travaux informels.
    Je pense que cette comparaison avec notamment le foyer des travailleurs immigrés peut être intéressante : Finalement, les mesures gouvernementales françaises peuvent être appliquées seulement par une partie de la populations et dans certains cas – comme celui du foyer des travailleurs immigrés – ces mesures (et donc obligations) sont impossible à respecter (comme tu le précises avec notamment la promiscuité des habitants du foyer)

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Clara, merci beaucoup pour le commentaire.Je suis tout à fait d’accord avec toi quand tu précis que le confinement pourra être plutôt un choix qu’une obligation (exemple de Mexique).Je pense que ça dépend aussi de conditions économiques, sociales etc. de chaque pays (et toutes ses différences).

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