Journal de bord n°2 : auberge de jeunesse, « Les prémices d’un nouveau paradigme », Sophie, Royaume-Uni

La situation coronavirus s’est installée de manière aussi brutale qu’attendue dans la vie en auberge de jeunesse. En temps normal, ce lieu est une fenêtre sur le monde. En restant assis dans un salon vous entendrez parler anglais – évidemment (et dans toutes les déclinaisons d’accents possibles et imaginables) – , mais aussi espagnol, thaï, grec, hongrois, français… Vous rencontrerez des gens de tous les horizons, de toutes nationalités, aux parcours et aux histoires extraordinaires, présents pour des raisons et des durées variées. Ces personnes sont toutes des relais avec le reste du monde, des sources d’information. Ainsi, quand j’avais des nouvelles de la façon dont le virus se propageait en France, les Italiens en avait d’Italie au travers de leur famille et de leurs amis, etc. Il ne restait plus qu’à ce que le coronavirus impacte nos vies au Royaume-Uni plus directement. Ce qui a été et est toujours le cas. À ceci près que l’impact s’est fait en décalé par rapport à d’autres pays. 

L’anticipation est allée de paire avec une angoisse généralisée avant l’annonce du lockdown. Cela s’est d’abord traduit par la méfiance à l’égard de l’hygiène des autres et des personnes qui se raclent la gorge un peu trop fort ou toussotent (que celui qui ne s’est pas brièvement interrogé sur l’état de santé de ces personnes me jette la première pierre). Certaines personnes de l’auberge, notamment celles y travaillant, ont commencé à se disputer entre elles autour du sérieux accordé par chacun à la situation. Ensuite, par le stress lié aux potentiels changements à venir et à la tournure incertaine des évènements. Que faire quand on n’a aucune idée de la façon dont les choses vont évoluer et que l’on a les informations de deux pays (celui d’origine et celui dans lequel on se trouve) à digérer en parallèle ? Je mentionnerai aussi la soudaine hyper-conscience de soi, une bonne chose en tant que telle, moins bonne lorsqu’il s’agit d’un questionnement perpétuel de la normalité de ce que l’on ressent.

Heureusement, face à cela, l’auberge dans laquelle je me trouve a progressivement pris des mesures. Tout d’abord, afficher les recommandations sanitaires un peu partout dans les espaces communs (se laver les mains minimum 20 secondes, tousser dans son coude…), puis enlever les serviettes pour les mains dans les toilettes et salles de bain, retirer les torchons dans la cuisine et les remplacer par du papier jetable, bloquer en position ouverte toutes les portes dans les espaces communs, et, mettre en place plusieurs tournées quotidiennes de désinfection des surfaces les plus touchées. Tout cela avant de finalement créer un espace entier dédié à la mise en quarantaine de toute personne présentant des symptômes potentiels. Cet espace a été mis en place le premier jour de fermeture de l’auberge. Il s’agit de l’étage où tous les résidents “long terme” (LT) vivaient jusqu’alors. Tous ont été répartis dans l’intégralité du bâtiment, passant de la vie en chambre de 10 à 14 à celle de 2 à 3 dans des dortoirs conçus pour en recevoir plus du quintuple. 

L’aspect brutal de la situation est réellement apparu alors qu’elle se concrétisait. 

A l’annonce du lockdown : état de confusion générale. Quand on est chez soi, l’annonce signifie y rester. Quand on est dans une auberge de jeunesse, il s’agit de définir le chez soi, de définir le lieu où l’on souhaite se retrouver enfermé pour une durée indéterminée. Définir l’auberge comme un “chez soi” fait d’ailleurs débat au sens où c’est un lieu où tout est partagé. Le lieu est à tout le monde et à la fois à personne. Le seul endroit “à soi” (et encore…) est le lit, le lieu le plus intime que l’on ait.

Au tout début, la situation était très stressante pour tout le monde. Chaque jour une nouvelle information importante tombait. Personne ne savait la tournure qu’allaient prendre les évènements. Il était impossible de s’organiser convenablement car il était possible qu’un nouvel élément vienne tout perturber : avion annulé, potentielle fermeture d’auberge, etc. La panique s’emparait un peu de tout le monde. À titre personnel (et je sais ne pas avoir était la seule), cela s’est fait par vagues : rester, partir, rester, partir, rester. Tout se heurtait : l’idée de n’avoir aucun logement/terrain si l’auberge fermait se confrontait à ce que j’allais pouvoir tirer de la situation si je pouvais rester ; le fait de voir partir une grande partie des personnes avec lesquelles j’avais sympathisé (plus stressant encore lorsqu’il s’agissait de Français comme moi) interrogeait la raisonnabilité de ceux choisissant de rester ; la peur de ne pas pouvoir rentrer en France si je le souhaitais et celle de tomber malade en étant seule à l’étranger contre-balançaient mon envie de vivre cette situation de façon originale… 

C’est en me rendant compte que je ne serai (vraiment) pas seule que le choix a été fait. Et en effet, je me trouve avec une quarantaine de personnes qui vivent et veillent les unes sur les autres !

Dans mon prochain article, je vous expliquerai comment d’un lieu accueillant plus de 300 personnes au maximum de sa capacité (tous les week-ends en général), nous nous sommes retrouvés à un peu plus de quarante.

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