La vie quotidienne d’un groupe d’amis en temps de pandémie, Clara Malbos, Mahahual, Mexique, n°7

Je vis avec trois autres personnes : mon compagnon et deux colocataires. Dans mon cercle d’amis proches, il y a trois maisons : en face de chez nous, il y a un couple (Arturo et Elsa)  et dans la rue derrière, une autre couple (Manuel et Rosalia) ainsi qu’un autre ami (Joaquim). Depuis le début de pandémie ici (fin mars), nous avons peu de contact avec d’autres personnes. Du moins on essaye : entre le bénévolat au centre communautaire, les personnes qu’on croise dans la rue ou quand on va faire des courses, ce n’est jamais évident. Malgré tout, on tente comme on peut de rester le plus possible entre nous. On a créé comme une sorte de petite famille – une sorte de bulle -, avec mes colocataires mais aussi avec ces deux autres maisons, très proches géographiquement les unes des autres. Ces personnes sont mexicaines, belges, colombiennes, québécoises, chiliennes ou costaricaines. On se voit plusieurs fois par semaine et tous les weekends, où au moins le samedi soir où on se réunit tous ensemble. Notre maison est généralement le point central de ces petites réunions. Elle est spacieuse et dispose d’un jardin avec une petite piscine – très appréciée avec ces 35 degrés et cette humidité permanente -.

Au début de la pandémie chacun a réagi différemment : certains ne voulaient plus sortir de chez eux et ne plus communiquer avec personne et d’autres ne changeaient aucunement leurs habitudes. Il nous a fallu environ trois semaines pour trouver notre « rythme de croisière ». J’entends par là qu’après ces trois semaines nous avons adopté un rythme de vie plus ou moins similaire : éviter tout contact au maximum avec d’autres personnes, garder ces distances de sécurité…

Depuis maintenant plusieurs jours, la France et l’Europe on passé le pic de la pandémie. En revanche, au Mexique les cas augmentent de jour en jour (plus de 5 000 nouveaux cas hier dans le pays). Actuellement il a été recensé environ 150 000 cas au total. L’État du Quintana Roo où je suis est très fortement affecté. Paradoxalement, la route de Mahahual fermée depuis plusieurs mois vient de rouvrir. On voit alors arriver certains touristes (des mexicains d’autres régions) et certains restaurants reprennent leur activité.

Depuis le début de la pandémie, Mahahual a été épargné et on ne recense aucun cas. Mais plus les touristes arrivent, moins on est protégé.

C’est avec ces différents éléments que vous allez pouvoir mieux comprendre la discussion qu’on a eue ce matin avec mes colocataires, Manuel et également avec Elsa et Arturo (on leur parlait par message).

Un ami proche du groupe, Julian, arrive demain de Suède (il a fait une escale à Amsterdam et une autre à Mexico city). Il était prévu initialement qu’il vive avec Joaquim, Manuel et Rosalia. Joaquim est propriétaire d’un hôtel, il est en train de finir de le construire. En attendant, il loue une chambre à faible coût à Manuel et Rosalia. Joaquim devait donc arriver et louer une autre chambre.

Ça fait plusieurs semaines qu’on se demande ce que Julian va faire en arrivant (à savoir une quarantaine ou non). Ce matin on s’est donc réuni pour en discuter ; d’abord tous les quatre (juste ma maison) et très rapidement on a appelé Manuel pour qu’il nous rejoigne et nous donne son avis. Pendant ce temps, nous étions en contact par message avec Elsa et Arturo.

Julian devait donc arriver demain dans l’hôtel de Joaquim. Pour Joaquim, il importait peu que Julian fasse une quarantaine. En revanche, dans ma maison, nous trouvions tous cela un peu irresponsable. Après plusieurs heures de discussion on en vient à la conclusion que si Julian ne se met pas en quarantaine, Manuel et Rosalia vont venir vivre chez nous le temps de passer ces 2 semaines et que nous n’allons pas avoir de contact avec Joaquim ou Julian. Une fois cette décision prise, Arturo nous informe que Joaquim a finalement trouvé un lieu ou loger pour ses deux premières semaines – afin qu’il soit isolé -. Finalement tout se règle, environ quatre heures plus tard.

Cet événement particulier m’a donné envie de me pencher plus sur les relations qu’il y a entre les trois maisons : comment nous prenons des décisions ? Ou comment et quand nous nous réunissons ? La majorité travaille dans le tourisme. Je pense qu’il serait donc intéressant, pour mon travail de terrain, de faire l’analyse des liens qui se sont créés et qui se sont renforcés – ou parfois fragilisés – pendant cette pandémie. 

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