« La boule au ventre », Clara Malbos, Mahahual, Mexique n°8

le 13 juillet 2020,

Aujourd’hui l’angoisse reprend, chez moi et dans tout le village. Depuis trois semaines, le sud du Quintana Roo était passé en zone orange ; de ce fait, les établissements touristiques avaient rouvert doucement (ils pouvaient recevoir 50% de leur capacité totale d’accueil). Mais vendredi dernier, le gouverneur du Quintana Roo a annoncé que la situation était de plus en plus inquiétante et qu’il fallait donc confiner et fermer les établissements touristiques de nouveau. Donc aujourd’hui, mon compagnon et la majorité des habitants de Mahahual sont de nouveau sans emploi.

C’est donc de cette angoisse que j’ai envie de parler aujourd’hui. Une angoisse qui me touche à plusieurs niveaux: je m’inquiète pour l’avenir de la personne avec qui je vis, pour mon avenir (j’avais pu reprendre un peu les entretiens depuis trois semaines mais là ça se complique) et pour l’avenir de toutes les personnes que je connais ici.

Ces trois dernières semaines avaient donné une lueur d’espoir à tous les travailleurs du secteur tertiaire. Le tourisme  restait timide si on le compare au tourisme de croisière. En revanche, j’avais pu observer le développement d’un tourisme national. La première semaine en zone orange, je souriais en passant sur le malecon en voyant les restaurants et boutiques de souvenirs rouvrir. Depuis mi mars le bord de mer de Mahahual était déserté, un vrai village fantôme. J’étais donc joyeuse de passer en vélo pour aller saluer mes amis qui reprenaient le travail il y a quelques semaines. Néanmoins, certains habitants partageaient leurs inquiétudes face à l’ouverture du village : en effet, ouvrir au tourisme veut également dire ouvrir au virus. Aujourd’hui le Mexique est le 4ème pays du monde le plus touché, on a dépassé la barre des 300 000 cas aujourd’hui et les hôpitaux sont saturés. Certains habitants restaient donc dubitatifs fasse à la reprise du tourisme.

Ces touristes mexicains viennent de la ville de Mexico. À en juger par leurs vêtements, leurs voitures et les lieux où ils séjournent ou mangent, ces familles ont des revenus confortables et ne semblent pas avoir été touchées économiquement par la crise sanitaire. Les week-ends sont les moments les plus achalandés. On retrouve l’ambiance festive du bord de mer caribéen habituel : le son de la musique latino, le goût des Margarita, et l’odeur des poissons grillés. Mais depuis ce matin, mis à part le bruit des vagues, Mahahual a retrouvé son silence de confinement.

Ce silence est accompagné d’une angoisse, cette boule au ventre qui nous rappelle qu’on est reparti pour plusieurs semaines de confinement. L’incertitude est le plus difficile à gérer. L’été ici n’est jamais une période très mouvementée mais les mois de septembre et octobre sont encore plus calmes. Il y a alors peu d’espoir de voir le tourisme se réactiver réellement avant plusieurs mois.

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